La grande démission n'a pas eu lieu en France, et c'est plus intéressant que ça
En 2022, tout le monde annonçait un exode. Les chiffres racontent autre chose : pas une rupture avec le travail, mais une fenêtre qui s'est ouverte, puis refermée.
« The Great Resignation ». Le terme est né aux États-Unis en 2021, et il a traversé l'Atlantique en quelques mois avec la force d'une évidence. Tout le monde partait. Le rapport au travail avait basculé. On avait changé d'époque.
Sauf que quand on regarde les données françaises, l'histoire ne tient pas tout à fait.
Ce qui s'est vraiment passé
Fin 2021 et début 2022, la France a effectivement connu un pic : près de 520 000 démissions par trimestre, dont 470 000 démissions de CDI. C'est un niveau qu'on n'avait plus vu depuis 2008-2009. La hausse est réelle, et elle est documentée par la DARES.
Deux virgule sept pour cent. Sur cent salariés, deux ou trois démissionnent sur un trimestre, dans le trimestre le plus agité depuis quinze ans. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas un exode.
Pourquoi le récit a pris quand même
Parce que l'intention, elle, est massive. France Travail cite dans la même analyse une série d'enquêtes d'opinion qui dessinent un tout autre paysage : 53 % des salariés envisageaient une démission fin 2022 selon l'IFOP, 61 % des salariés français déclaraient préférer moins d'argent et plus de temps libre, et un Français sur deux songerait à se reconvertir selon BVA Visiplus.
L'écart entre « j'y pense » et « je le fais » est le vrai sujet. Il n'a rien d'un détail méthodologique : c'est là que se joue toute la question.
L'explication qui tient : la fenêtre, pas la révolution
La conclusion de France Travail est nette : le phénomène s'explique d'abord par une conjoncture favorable et des évolutions législatives, pas par une rupture générationnelle avec le travail. Quand les entreprises recrutent massivement, démissionner devient peu risqué. Quand elles cessent, l'envie ne disparaît pas, elle attend.
L'envie de partir est relativement stable. Ce qui varie, c'est la possibilité de le faire sans se mettre en danger.
Ce que je retiens des données
Ce que ça change pour quelqu'un qui hésite
Trois choses, concrètement.
- Vous n'êtes pas en retard sur une vague. Il n'y a pas eu de vague. Il y a eu une fenêtre, et il y en aura d'autres.
- Le sentiment d'être le seul à hésiter est faux : à peu près la moitié des salariés y pensent. Le sentiment d'être entouré de gens qui sautent est faux aussi.
- Le facteur décisif n'est pas votre motivation, c'est l'état du marché sur votre métier de destination. C'est une donnée que vous pouvez aller chercher avant de décider.
Autrement dit : arrêtez de vous demander si c'est le bon moment dans l'absolu. Demandez-vous si c'est le bon moment pour le métier que vous visez.
Sources
Chaque chiffre de cet article vient d'une de ces publications. Aucun n'est estimé.
- France TravailGrande démission : mythe ou réalité ?Reprend les données de la DARES et plusieurs enquêtes d'opinion
- Vie publiqueMarché du travail : comment expliquer le nombre élevé de démissions ?